En 2026, partir à la retraite peut ouvrir droit à une indemnité versée par votre employeur — mais son montant et sa fiscalité dépendent d'une distinction fondamentale : c'est vous qui avez choisi de partir (départ volontaire), ou c'est votre employeur qui a pris l'initiative (mise à la retraite). Dans le premier cas, l'indemnité est modeste et entièrement imposable. Dans le second, elle peut atteindre plusieurs mois de salaire et bénéficier d'une exonération d'impôt significative — jusqu'à 96 120 € en 2026 selon le plafond PASS. Ce guide vous présente les montants légaux, les barèmes applicables et les règles fiscales exactes pour anticiper ce que vous toucherez.
Départ volontaire ou mise à la retraite : la distinction qui change tout
La nature de l'initiative conditionne à la fois le montant de l'indemnité et son traitement fiscal :
- Départ volontaire à la retraite : le salarié décide lui-même de partir, lorsqu'il remplit les conditions d'âge et de durée d'assurance fixées par la loi. Il doit respecter un préavis identique à celui de la démission pour sa catégorie.
- Mise à la retraite par l'employeur : l'employeur prend l'initiative de rompre le contrat de travail. Il peut le faire seulement lorsque le salarié a atteint 65 ans et avec son accord ; à 70 ans, la mise à la retraite est possible sans condition. Le salarié peut refuser la mise à la retraite jusqu'à ses 69 ans — dans ce cas, l'employeur doit lui proposer d'autres solutions.
Pour savoir à quel âge vous pouvez partir et combien de trimestres sont requis, notre guide sur l'âge légal de retraite 2026 fait le point par année de naissance.
L'indemnité légale de départ volontaire
En l'absence de convention collective (CCN) ou d'accord d'entreprise plus favorable, l'article L1237-19 du Code du travail fixe un minimum légal calculé en mois de salaire selon l'ancienneté dans l'entreprise :
| Ancienneté dans l'entreprise | Indemnité légale minimale |
|---|---|
| Moins de 10 ans | Aucune indemnité légale |
| De 10 à 14 ans | ½ mois de salaire |
| De 15 à 19 ans | 1 mois de salaire |
| De 20 à 29 ans | 1,5 mois de salaire |
| 30 ans et plus | 2 mois de salaire |
Le salaire de référence retenu est le plus avantageux entre :
- la moyenne mensuelle brute des 3 derniers mois (primes incluses au prorata),
- 1/12 de la rémunération brute des 12 derniers mois.
Les primes annuelles (13e mois, prime de résultats) sont incluses au prorata. Les remboursements de frais en sont exclus.
Ce que prévoit souvent la convention collective
La plupart des CCN prévoient des barèmes bien supérieurs au minimum légal. Dans la métallurgie, la banque ou l'assurance, il n'est pas rare de trouver des indemnités atteignant 3 à 5 mois de salaire pour 30 ans d'ancienneté. Consultez votre CCN sur legifrance.gouv.fr avant de calculer votre droit — c'est souvent là que se trouve le vrai montant applicable.
L'indemnité de mise à la retraite
Lorsque l'employeur prend l'initiative, l'indemnité de mise à la retraite ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement (article L1237-7 du Code du travail). Le calcul suit ce barème :
| Ancienneté dans l'entreprise | Indemnité légale minimale |
|---|---|
| De 1 à 10 ans | ¼ de mois de salaire par année |
| Au-delà de 10 ans | ⅓ de mois de salaire par année supplémentaire |
Exemple chiffré : un salarié ayant 25 ans d'ancienneté et un salaire de référence de 3 500 € perçoit au minimum :
- 10 premières années : 10 × ¼ × 3 500 = 8 750 €
- 15 années suivantes : 15 × ⅓ × 3 500 = 17 500 €
- Total : 26 250 € brut minimum — avant toute majoration conventionnelle.
Comme pour le départ volontaire, la CCN peut prévoir une indemnité supérieure, souvent alignée sur l'indemnité de licenciement conventionnelle de la branche.
La fiscalité : le point le plus important
C'est ici que la différence entre les deux types de départ est la plus sensible.
Départ volontaire : indemnité entièrement imposable
L'indemnité de départ volontaire à la retraite est considérée comme un complément de salaire. En 2026, elle est soumise dans son intégralité à :
- l'impôt sur le revenu (à votre tranche marginale d'imposition),
- les cotisations sociales (part salariale),
- la CSG/CRDS (9,7 % sur la part non exonérée de cotisations).
Il n'existe pas d'exonération fiscale légale applicable à l'indemnité de départ volontaire, contrairement à la mise à la retraite. Quelques CCN prévoient une meilleure protection : vérifiez avec votre service RH ou un conseiller fiscal.
Si votre tranche est élevée, le système du quotient (article 163-0 A du CGI) peut réduire l'impact en lissant l'imposition sur plusieurs années. Notre guide sur la déclaration de revenus des retraités explique comment l'utiliser l'année de la transition.
Mise à la retraite : exonération partielle significative
L'indemnité de mise à la retraite bénéficie d'un régime fiscal favorable prévu par l'article 80 duodecies du CGI. Elle est exonérée d'impôt sur le revenu dans la limite du plus élevé de ces deux plafonds :
- Le double du Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (PASS) : 2 × 48 060 € = 96 120 € en 2026
- Le montant de l'indemnité conventionnelle de mise à la retraite prévue par la CCN, si plus favorable
Dans tous les cas, l'exonération est plafonnée à 5 fois le PASS : 5 × 48 060 € = 240 300 € en 2026. La fraction de l'indemnité dépassant ce plafond global est imposée comme un salaire ordinaire.
Exemple concret : un cadre reçoit une indemnité de mise à la retraite de 75 000 €.
- Plafond d'exonération : 96 120 €
- L'indemnité (75 000 €) est intégralement exonérée d'impôt sur le revenu.
Si l'indemnité avait été de 130 000 €, seuls 96 120 € auraient été exonérés ; les 33 880 € restants auraient été imposés à la tranche marginale.
Cotisations sociales et CSG/CRDS sur la mise à la retraite
L'exonération de cotisations sociales suit les mêmes plafonds que pour l'IR. La fraction exonérée bénéficie également d'une exonération de CSG/CRDS, dans la limite du montant légal ou conventionnel. La fraction imposable supporte CSG/CRDS au taux normal (9,7 % pour les assurés en activité).
Tableau comparatif : départ volontaire vs mise à la retraite
| Critère | Départ volontaire | Mise à la retraite |
|---|---|---|
| Barème légal (30 ans d'anc.) | 2 mois de salaire | ~7,5 mois de salaire (ex.) |
| Imposition IR | 100 % imposable | Exonéré jusqu'à 96 120 € |
| Cotisations sociales | 100 % soumises | Exonérées jusqu'à 96 120 € |
| Préavis | Identique à démission | Identique à licenciement |
| Seuil d'âge | Âge légal de retraite | 65 ans (avec accord), 70 ans sans |
Si vous envisagez plutôt une rupture conventionnelle — accord amiable entre vous et votre employeur avant la retraite — les règles diffèrent : indemnité alignée sur le licenciement, exonération jusqu'à 96 120 € si vous n'êtes pas encore éligible au taux plein, et droit à l'ARE jusqu'à 27 mois à partir de 55 ans. Notre guide rupture conventionnelle et retraite 2026 détaille la stratégie et les pièges à éviter.
Le versement : sur quel bulletin, dans quels délais
L'indemnité est versée sur le dernier bulletin de salaire, le jour de la rupture effective du contrat, en même temps que le solde de tout compte. Elle doit figurer sur une ligne distincte de la rémunération mensuelle.
Si l'employeur tarde ou conteste le montant :
- Envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec AR, en citant l'article L1237-19 ou L1237-7.
- Saisissez le Conseil de prud'hommes si le litige persiste. Le délai de prescription est de 3 ans à compter de la rupture (article L1471-1).
- Vous pouvez aussi signaler à l'inspection du travail de votre département.
Cas particuliers
Salarié protégé (délégué syndical, élu CSE)
Un salarié protégé ne peut pas être mis à la retraite sans autorisation préalable de l'inspecteur du travail. La procédure est identique à celle d'un licenciement d'un salarié protégé.
Salarié en arrêt maladie ou en invalidité
L'ancienneté se calcule normalement pendant un arrêt de travail (la suspension du contrat ne l'interrompt pas). Pour les situations d'invalidité débouchant sur une retraite anticipée, notre guide sur la retraite pour inaptitude et invalidité détaille les conditions spécifiques.
Cadres dirigeants en forfait-jour ou avec bonus variable
Le salaire de référence intègre les primes et bonus au prorata mensuel. Pour des rémunérations complexes (part variable annuelle élevée, LTIP, stock-options), l'assistance d'un avocat spécialisé en droit du travail est recommandée pour sécuriser le calcul.
Cumul emploi-retraite : à ne pas confondre
Le cumul emploi-retraite est un régime distinct qui s'applique après la liquidation de la retraite. L'indemnité de départ traite de la rupture du contrat de travail précédant la liquidation. Notre guide cumul emploi-retraite 2026 couvre ce que vous pouvez gagner une fois la pension en cours.
Préparer et optimiser son départ
Quelques réflexes à avoir avant la date de départ :
- Vérifiez votre CCN : elle peut prévoir une indemnité deux à trois fois supérieure au minimum légal.
- Calculez l'impact fiscal des deux options (départ volontaire vs négocier une mise à la retraite) si vous approchez de 65 ans.
- Pensez au déblocage de l'épargne salariale au moment de la retraite : PEE, PERCO et PER d'entreprise peuvent être débloqués sans impôt dans certaines conditions. Notre guide épargne salariale : PEE et PERCOL 2026 détaille les règles.
- Optimisez vos cotisations PER dans les dernières années d'activité si vous êtes dans une tranche élevée : la déduction entre dans les revenus de l'année, avant la retraite. Notre guide sur le PER individuel 2026 explique les plafonds exacts.
FAQ
Mon employeur m'offre 4 mois de salaire pour 20 ans d'ancienneté en départ volontaire alors que le légal est 1,5 mois. Est-ce normal ?
Oui, c'est parfaitement légal — votre CCN ou un accord d'entreprise prévoit sans doute un barème plus favorable. Accepter une indemnité supra-légale est toujours possible. Gardez en tête que cette indemnité sera entièrement imposable en départ volontaire.
Puis-je refuser la mise à la retraite imposée par mon employeur ?
Oui, tant que vous n'avez pas 70 ans. Entre 65 et 69 ans, l'employeur doit vous interroger annuellement sur votre souhait de poursuivre. Si vous refusez, l'employeur ne peut pas vous licencier pour ce motif seul.
J'ai moins de 10 ans d'ancienneté : ai-je quand même droit à une indemnité ?
Pas en départ volontaire si la CCN ne prévoit rien. En revanche, en cas de mise à la retraite, l'indemnité de licenciement est due dès 1 an d'ancienneté (¼ de mois par année), conformément à l'article L1234-9.
Comment est imposée l'indemnité sur ma déclaration de revenus ?
En départ volontaire, elle est déclarée en traitements et salaires. Vous pouvez opter pour le système du quotient (article 163-0 A) si le montant est significatif, pour lisser l'imposition. En mise à la retraite, la part exonérée n'est pas à déclarer ; seule la part imposable (au-delà de 96 120 € si ce plafond est applicable) est à reporter en salaires.
L'indemnité réduit-elle ma future pension de retraite ?
Non. L'indemnité de départ est une indemnité de rupture du contrat de travail ; elle n'entre pas dans le calcul de la pension. Notre guide calcul de la pension de retraite de base 2026 détaille les seuls paramètres qui comptent : le SAM, le taux et la durée validée.