Les travailleurs indépendants cotisent à la retraite depuis des décennies, mais leurs droits restent souvent mal connus. Artisans, commerçants, auto-entrepreneurs, médecins libéraux, architectes : chaque statut obéit à des règles spécifiques. Ce guide décrypte les mécanismes de calcul, les pièges à éviter et les leviers pour optimiser votre future pension.
Qui est concerné par ce guide
Les règles décrites s'appliquent aux travailleurs non-salariés (TNS), qui se répartissent en trois familles selon leur caisse d'affiliation :
- Artisans, commerçants, gérants non-salariés de SARL : affiliés à la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI), gérée depuis 2020 par le réseau de l'Assurance Maladie.
- Auto-entrepreneurs : rattachés à la SSI via le régime micro-social simplifié.
- Professions libérales réglementées : affiliées à des sections spécialisées du CIPAV (architectes, ingénieurs, géomètres, professions paramédicales…) ou à des caisses autonomes sectorielles (médecins à la CARMF, avocats à la CNBF, notaires à la CRPCEN, experts-comptables à la CAVEC…).
Chaque caisse a ses propres règles de cotisation et de calcul. Ce guide couvre en priorité la SSI et le CIPAV, qui concernent la majorité des indépendants.
Retraite de base et retraite complémentaire
Comme les salariés, les indépendants cumulent deux niveaux de pension :
- une retraite de base liquidée auprès de la SSI ou du CIPAV,
- une retraite complémentaire obligatoire, gérée par la même caisse (RCI pour la SSI, régime complémentaire CIPAV pour les libéraux).
Les artisans et commerçants n'ont plus de RCO (régime complémentaire obligatoire) distinct depuis 2013 : tout est centralisé dans le régime SSI.
Comment sont validés les trimestres chez les indépendants
Le nombre de trimestres validés dépend du revenu annuel déclaré, et non du nombre de mois travaillés.
En 2026 :
- 1 trimestre validé pour chaque tranche de 1 832 € de revenu annuel soumis à cotisations (soit environ 150 Smic horaire brut).
- 4 trimestres sont donc validés dès que le revenu annuel atteint environ 7 328 €.
Un indépendant dont le chiffre d'affaires est faible peut valider moins de 4 trimestres par an, même s'il a travaillé toute l'année. C'est l'un des principaux risques pour les créateurs d'entreprise en phase de démarrage et pour les auto-entrepreneurs aux faibles revenus.
La situation spécifique des auto-entrepreneurs
Sous le régime micro-social, les cotisations retraite sont calculées en pourcentage du chiffre d'affaires (et non du bénéfice). En 2026 :
- 12,3 % du CA pour les activités de vente de marchandises (BIC ventes),
- 22 % du CA pour les prestations de services (BIC services et BNC).
Ces taux incluent la retraite de base et la retraite complémentaire. Le problème : si le chiffre d'affaires est faible, les droits retraite générés sont très limités, voire nuls en dessous du seuil de validation d'un trimestre.
Un auto-entrepreneur avec 10 000 € de CA en prestations de services cotise environ 2 200 € de charges sociales, mais ne valide que 2 à 3 trimestres selon le niveau de revenus nets reconstitués. Sur le long terme, cela crée une pension de base très basse, d'autant que la retraite complémentaire en micro-social est également proportionnelle au CA.
Calcul de la pension de base SSI en 2026
La pension de base des artisans et commerçants se calcule selon la formule des salariés :
Pension = Revenus annuels moyens × Taux de liquidation × (Trimestres acquis SSI / Durée d'assurance requise)
Les revenus retenus sont les 25 meilleures années (plafonnées au Plafond Annuel de la Sécurité Sociale, soit 46 368 € en 2026). Un indépendant ayant toujours dépassé ce plafond obtiendra la même base qu'un cadre supérieur : environ 1 833 €/mois à taux plein.
Le taux plein est de 50 %. Pour l'obtenir, il faut soit atteindre la durée d'assurance requise (172 trimestres pour les générations 1965 et après), soit atteindre l'âge d'annulation de la décote (67 ans).
Retraite complémentaire SSI : le régime par points
La retraite complémentaire SSI fonctionne par points achetés chaque année avec les cotisations. En 2026, la valeur d'achat et la valeur de service du point sont fixées par le conseil d'administration de la caisse.
À titre indicatif, un indépendant ayant validé 40 ans de carrière avec des revenus moyens peut espérer 300 à 500 €/mois de retraite complémentaire SSI — contre 1 000 à 1 500 €/mois pour un salarié affilié à AGIRC-ARRCO avec une carrière équivalente. L'écart s'explique par des taux de cotisation historiquement plus bas.
Professions libérales : les règles du CIPAV
Les libéraux affiliés au CIPAV cotisent sur deux classes de revenus qui déterminent le nombre de points acquis chaque année. En 2026, les classes 1 à 6 vont de moins de 26 580 € à plus de 117 060 € de bénéfice non commercial (BNC) annuel.
Les médecins, dentistes, pharmaciens et sages-femmes (CARMF, CARCDSF, CAVP) disposent de régimes propres avec des taux et des barèmes différents. Dans tous les cas, la retraite complémentaire représente souvent 50 à 70 % de la pension totale, ce qui la rend déterminante.
Racheter des trimestres en tant qu'indépendant
Les indépendants peuvent racheter des trimestres selon les mêmes règles que les salariés, notamment pour les années d'études supérieures et les années civiles incomplètes (< 4 trimestres validés). Le coût dépend des mêmes paramètres : âge, revenus des trois dernières années, option choisie.
Un indépendant dont les premières années de création étaient peu rentables peut ainsi combler les années à 1 ou 2 trimestres pour sécuriser le taux plein ou anticiper un départ au titre de la carrière longue.
Préparer un complément de retraite : PER et assurance-vie
Face à des pensions souvent inférieures à celles des salariés, les indépendants ont doublement intérêt à alimenter un PER (Plan d'Épargne Retraite). Les versements sont déductibles du revenu imposable ou du bénéfice, ce qui crée un avantage fiscal immédiat. Notre comparatif PER vs assurance-vie après 55 ans permet de voir quel outil prioriser selon votre horizon et votre situation fiscale.
Demande de retraite et cumul emploi-retraite
La demande de retraite se fait auprès de la SSI ou de la caisse de profession libérale avec le même délai recommandé que pour les salariés : 4 à 6 mois avant la date souhaitée. La plupart des caisses proposent une demande en ligne.
Le cumul emploi-retraite est autorisé pour les indépendants dans les mêmes conditions qu'pour les salariés : cumul intégral si la retraite est liquidée à taux plein, cumul plafonné dans les autres cas. Les nouveaux droits acquis après liquidation peuvent ouvrir droit à une pension supplémentaire depuis la réforme de 2023.
FAQ : retraite des indépendants 2026
Un auto-entrepreneur peut-il partir en retraite anticipée au titre de la carrière longue ?
Oui, à condition d'avoir validé les trimestres requis (cotisés et assimilés) dans les délais prévus. Mais les auto-entrepreneurs dont les revenus ont été faibles pendant plusieurs années ont souvent des lacunes importantes. Vérifiez votre relevé de carrière au plus tôt.
Les années de chômage entre deux activités indépendantes sont-elles validées ?
Si vous avez été indemnisé par France Travail, les trimestres chômage sont assimilés comme pour les salariés. En revanche, les périodes sans activité ni indemnisation ne génèrent aucun droit.
Peut-on cumuler les droits SSI et CNAV si on a eu les deux statuts au cours de sa carrière ?
Oui. Chaque régime calcule sa pension séparément, en fonction des droits acquis auprès de lui. La plateforme info-retraite.fr regroupe tous vos régimes pour une estimation consolidée.
Combien vaut une pension à taux plein pour un artisan moyen ?
Un artisan ayant eu un revenu annuel moyen de 30 000 € sur ses 25 meilleures années peut espérer environ 750 € bruts/mois de retraite de base SSI à taux plein, plus la retraite complémentaire SSI. Total estimé : 1 000 à 1 300 €/mois, selon les points accumulés.


