Partir vivre en Espagne, au Portugal, au Maroc ou ailleurs n'empêche pas de percevoir sa pension de retraite française. Mais cela implique des démarches spécifiques, des obligations annuelles à ne pas manquer et une fiscalité qui surprend souvent. Ce guide vous explique tout, étape par étape.
Ce qui change quand vous quittez la France
La pension ne s'arrête pas, mais votre caisse de retraite doit être informée de votre départ et recevoir chaque année la preuve que vous êtes toujours en vie — sans cela, le versement sera suspendu.
Trois éléments changent concrètement :
- L'adresse de paiement : vous devez communiquer un IBAN international (SEPA ou hors SEPA selon le pays) ou un compte bancaire français si vous le conservez.
- Le certificat d'existence : obligation annuelle dès le premier versement à l'étranger.
- La fiscalité : en tant que non-résident fiscal français, votre pension peut être imposée différemment selon le pays où vous résidez.
La demande de retraite depuis l'étranger
Que vous soyez déjà expatrié ou que vous partiez à l'étranger avant de liquider votre retraite, la procédure passe par info-retraite.fr. Vous pouvez créer un espace personnel et déposer votre demande en ligne, quelle que soit votre localisation.
Si vous résidez dans un pays de l'Union européenne ou de l'Espace Économique Européen, les démarches sont simplifiées grâce à la coordination des régimes de sécurité sociale (règlement CE 883/2004). Vos périodes travaillées dans d'autres pays de l'UE peuvent être totalisées avec vos trimestres français pour atteindre le taux plein, sans pour autant augmenter votre pension française.
Si vous résidez dans un pays hors UE avec lequel la France a une convention bilatérale de sécurité sociale, un mécanisme similaire de totalisation des périodes peut s'appliquer. La France a signé des conventions avec une cinquantaine de pays dont le Maroc, la Tunisie, l'Algérie, le Québec, les États-Unis, le Japon ou le Sénégal.
Si vous résidez dans un pays sans convention, vos droits français sont calculés uniquement sur votre carrière en France, sans totalisation.
Quelle caisse gérer votre dossier international ?
La CNAV (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse) dispose d'un service spécialisé pour les assurés résidant à l'étranger. Selon votre lieu de résidence antérieur en France, une CARSAT régionale peut également être compétente. Pour l'Île-de-France, c'est la CNAV directement.
Adresse utile : cnav.fr → rubrique « Assuré à l'étranger ».
Pour la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, la demande est distincte et se fait sur agirc-arrco.fr — les droits sont gérés séparément.
Le certificat d'existence : l'obligation annuelle à ne pas rater
C'est l'obligation la plus méconnue — et la plus risquée si on l'oublie. Chaque année, votre caisse de retraite vous adresse un certificat d'existence (ou « attestation de vie ») à faire compléter et certifier, puis à renvoyer.
Qui peut certifier le certificat ?
- Les autorités locales du pays de résidence (mairie, officier d'état civil).
- Le consulat ou l'ambassade de France dans votre pays de résidence.
- Un notaire local dans certains cas.
Délais et risques
En général, vous disposez de 30 à 60 jours pour renvoyer le document signé. Passé ce délai, la pension est suspendue — non pas annulée, mais bloquée jusqu'à réception du document valide. Si vous êtes en déplacement au moment de la réception, veillez à ce qu'un proche de confiance puisse relever votre courrier.
Astuce : renseignez-vous auprès de votre caisse pour savoir si la certification numérique est acceptée. Certaines caisses ont modernisé leur processus.
Fiscalité : attention aux règles pour les non-résidents
C'est le point où beaucoup d'expatriés sont surpris. La fiscalité de votre pension française dépend de votre lieu de résidence fiscale et des éventuelles conventions fiscales entre la France et votre pays d'accueil.
Sans convention fiscale
En l'absence de convention, la France applique un prélèvement à la source forfaitaire sur les pensions versées aux non-résidents :
- 0 % pour la tranche inférieure à 11 520 €/an.
- 12 % entre 11 520 € et 33 540 €/an.
- 20 % au-delà.
Avec une convention fiscale
Si votre pays de résidence a signé une convention avec la France pour éviter la double imposition, les pensions peuvent être :
- Exclusivement imposables dans le pays de résidence (cas courant : Espagne, Portugal, Maroc). Dans ce cas, vous êtes exonéré de tout impôt français sur votre pension.
- Partagées entre les deux pays (cas plus rare).
Exemples concrets :
| Pays de résidence | Règle de principe |
|---|---|
| Espagne | Pension imposable en Espagne uniquement (convention de 1995 révisée) |
| Portugal | Pension imposable au Portugal uniquement |
| Maroc | Partage possible, convention de 1970 — vérifier selon la nature de la pension |
| Belgique | Pension imposable en France si < 25 000 €/an |
| Suisse | Variable selon le canton et le type de pension |
À vérifier impérativement auprès de votre administration fiscale locale et du Centre des Impôts des Non-Résidents (CINR, à Noisy-le-Grand) avant de partir.
CSG / CRDS : une règle favorable pour les résidents UE
Si vous résidez dans un pays de l'Union européenne ou de l'EEE et que vous êtes affilié au régime de sécurité sociale de ce pays (vous n'êtes plus rattaché au régime français), vous êtes exonéré de CSG et de CRDS sur votre pension française. C'est une économie de 9,1 % sur le brut pour les retraités imposables.
Pour les résidents hors UE, la CSG et la CRDS restent dues si votre résidence fiscale principale demeure en France ou si vous êtes toujours rattaché à la Sécurité sociale française.
Le versement de la pension : compte SEPA ou hors SEPA
Zone SEPA (Union européenne + Suisse, Norvège, Islande, Liechtenstein) : votre IBAN est reconnu directement. Aucun frais supplémentaire pour la caisse. Communiquez votre RIB étranger comme tout IBAN français.
Hors zone SEPA (Maroc, Tunisie, Canada, États-Unis…) : le virement international peut entraîner des frais bancaires à votre charge. Options pour réduire les coûts :
- Conserver un compte bancaire français pour recevoir la pension, puis transférer vous-même via un service spécialisé (Wise, Revolut…).
- Ouvrir un compte dans une banque française proposant des virements internationaux à frais réduits.
Réversion et retraite à l'étranger
Si votre conjoint décède alors qu'il vivait à l'étranger ou qu'il touchait une pension française depuis l'étranger, la pension de réversion reste due dans les mêmes conditions de droit. Le certificat de décès officiel (avec apostille ou légalisation si hors UE) devra être transmis à la caisse française compétente.
Démarches récapitulatives avant de partir
- Informer votre CARSAT ou la CNAV de votre départ à l'étranger et de votre nouvelle adresse.
- Communiquer votre IBAN étranger ou confirmer l'utilisation d'un compte français.
- Vérifier la convention fiscale applicable entre la France et votre pays de destination — avec un conseiller si nécessaire.
- Contacter le Centre des Impôts des Non-Résidents (CINR) pour votre situation fiscale.
- Signaler le changement de régime d'affiliation santé (si vous rejoignez le régime local, vous serez exonéré de CSG/CRDS).
- Anticiper le certificat d'existence : préparez-vous à le recevoir et à l'envoyer chaque année.
Ce qu'il faut retenir
- Vous continuez à percevoir votre retraite française où que vous viviez, mais vous devez envoyer un certificat d'existence chaque année sous peine de suspension.
- La fiscalité dépend de la convention bilatérale entre la France et votre pays de résidence — dans de nombreux cas, la pension n'est plus imposée en France.
- Si vous êtes affilié à un régime de sécurité sociale d'un pays de l'UE, vous êtes exonéré de CSG/CRDS sur votre pension française.
- Pour les périodes cotisées dans un autre pays de l'UE, une totalisation est possible pour le calcul du taux plein — sans augmenter le montant de la pension française.
