Quand plusieurs héritiers héritent d'un bien sans partage immédiat, ils entrent dans une situation d'indivision : chacun est titulaire d'une quote-part abstraite du bien, sans pouvoir en revendiquer une portion concrète. Cette situation est souvent transitoire, mais elle peut durer des années — voire des décennies — si les héritiers ne trouvent pas d'accord. Ce guide explique comment gérer une indivision, et surtout comment en sortir.
Comment naît l'indivision successorale
L'indivision naît automatiquement au décès, dès qu'il y a plusieurs héritiers et au moins un bien non encore partagé. Elle peut porter sur :
- un bien immobilier (maison, appartement, terrain),
- un portefeuille de titres ou un compte bancaire non liquidé,
- des meubles et objets de valeur.
L'indivision est différente de la propriété démembrée (usufruit/nue-propriété), même si les deux coexistent parfois dans la même succession. Sur le démembrement, consultez notre guide sur l'usufruit et la nue-propriété en 2026.
Les droits et obligations des indivisaires
Chaque indivisaire peut :
- utiliser le bien indivis à condition de ne pas en priver les autres co-indivisaires et de verser une indemnité d'occupation si son usage est exclusif,
- vendre sa quote-part à un tiers ou à un autre indivisaire (avec droit de préemption des co-indivisaires dans les 3 mois, prévu par l'article 815-14 du Code civil),
- demander le partage à tout moment : l'article 815 du Code civil pose le principe que « nul ne peut être contraint de rester dans l'indivision ».
Chaque indivisaire est également tenu de contribuer aux charges de l'indivision (impôts fonciers, charges de copropriété, travaux d'entretien) proportionnellement à sa quote-part.
Gérer le bien indivis : unanimité ou majorité
La gestion quotidienne de l'indivision suit des règles strictes :
| Type d'acte | Règle de majorité |
|---|---|
| Actes conservatoires (réparations urgentes, paiement des charges) | Un seul indivisaire peut agir |
| Actes d'administration courante (bail de 3 ans, travaux non urgents) | Deux tiers des droits indivis |
| Actes de disposition (vente du bien, hypothèque) | Unanimité |
Cette règle des deux tiers, issue de la loi du 23 juin 2006, permet de gérer un bien locatif en indivision sans que l'unanimité soit requise pour les décisions courantes. Mais la vente reste soumise à l'accord de tous les héritiers, d'où les blocages fréquents.
La convention d'indivision : organiser pour éviter les conflits
Plutôt que de subir l'indivision légale, les co-indivisaires peuvent conclure une convention d'indivision (acte notarié) pour :
- désigner un mandataire de l'indivision chargé de la gestion courante,
- fixer des règles de prise de décision adaptées à la situation familiale,
- prévoir une durée maximale d'indivision (jusqu'à 5 ans renouvelables),
- organiser les conditions de sortie (rachat de part, préemption entre indivisaires).
La convention doit être publiée au fichier immobilier pour être opposable aux tiers. Elle est particulièrement utile lorsque l'indivision concerne un bien loué, une résidence secondaire familiale, ou quand les héritiers sont nombreux.
Sortir de l'indivision : le partage amiable
Le partage amiable est la solution préférable : les indivisaires s'accordent sur la répartition des biens, sans passer par un juge.
Trois options concrètes :
- Vente du bien et répartition du prix entre les héritiers au prorata de leurs quotes-parts.
- Rachat de la part d'un indivisaire par un autre : l'un des héritiers verse une soulte (compensation financière) aux autres pour devenir propriétaire exclusif.
- Attribution physique : chaque héritier reçoit une portion concrète du bien (terrain divisible, appartements d'un immeuble de rapport…).
Le partage amiable est en principe un acte notarié s'il porte sur un bien immobilier. Le notaire calcule les soultes, rédige l'acte de partage et procède à la publication foncière.
Les droits de partage sont dus lors de l'acte : en 2026, ils s'élèvent à 2,5 % de l'actif net partagé. C'est un coût à anticiper, surtout pour les patrimoines importants.
Sortir de l'indivision : l'action en partage judiciaire
Si l'accord amiable est impossible (héritier introuvable, désaccord sur la valeur, opposition d'un cohéritier), n'importe quel indivisaire peut saisir le tribunal judiciaire pour demander le partage.
La procédure :
- Le tribunal désigne un notaire-liquidateur chargé de dresser l'état liquidatif.
- En cas de désaccord sur la composition des lots ou la valeur des biens, un expert judiciaire est nommé pour évaluer les actifs.
- Si aucun accord n'émerge après toutes les tentatives, le juge peut ordonner la licitation (vente aux enchères judiciaires).
La licitation est souvent défavorable pour les héritiers : le prix obtenu aux enchères est fréquemment inférieur à la valeur de marché, car l'offre d'acheteurs est plus restreinte.
La procédure judiciaire est longue (2 à 4 ans en moyenne) et coûteuse (honoraires de notaire, avocat, expertise). Elle doit être considérée comme un dernier recours.
Indivision et droits de succession
L'indivision ne suspend pas l'obligation de déposer la déclaration de succession dans les 6 mois du décès. Les héritiers doivent déclarer leurs droits indivis et payer les éventuels droits de succession, même si le partage n'a pas encore eu lieu. Sur les droits exigibles, consultez notre guide sur les frais de succession 2026.
Si la succession comprend un testament, les dispositions testamentaires s'appliquent en priorité sur les règles légales de l'indivision. Un testament olographe peut prévoir des attributions préférentielles ou désigner un exécuteur testamentaire pour faciliter le partage.
Transformer l'indivision en SCI
Dans certains cas, les héritiers choisissent de ne pas partager mais de constituer une SCI pour détenir le bien en commun avec des règles de gouvernance plus souples. Cette option peut faciliter la transmission aux générations suivantes et simplifier la gestion locative. Notre guide sur la SCI familiale en détaille les avantages et les contraintes.
FAQ : indivision successorale 2026
Peut-on louer un bien indivis sans l'accord de tous les héritiers ?
Un bail d'habitation de 3 ans peut être conclu avec l'accord de deux tiers des droits indivis depuis la réforme de 2006. Pour un bail commercial ou un bail de plus longue durée, l'unanimité reste requise.
Un héritier peut-il bloquer indéfiniment la vente d'un bien ?
Formellement non : tout indivisaire peut demander le partage en justice. Mais en pratique, les délais judiciaires permettent à un héritier de facto de retarder la vente de plusieurs années.
Les charges d'un bien indivis (taxe foncière, travaux) sont-elles réparties à parts égales ?
Non. Elles sont réparties au prorata des quotes-parts de chaque indivisaire. Un héritier qui possède 25 % de l'indivision contribue à hauteur de 25 % des charges.
La donation au vivant peut-elle éviter l'indivision ?
Partiellement. Donner certains biens de son vivant réduit la masse successorale partagée. Mais si plusieurs enfants reçoivent le même bien en donation, ils restent en indivision pour ce bien. Notre guide sur la donation au vivant détaille les conditions et abattements.


