Ouvrir une assurance-vie est une chose ; savoir comment la remplir en est une autre. La grande majorité des contrats multisupports proposent au moins deux compartiments : le fonds euros, à capital garanti, et les unités de compte (UC), exposées aux marchés. Choisir la bonne répartition entre ces deux poches peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros d'écart sur 15 ou 20 ans. Voici les critères concrets pour décider.
Sources vérifiées : Service-Public, assurance-vie (vérifié le 21 novembre 2025) ; Service-Public, PEA ; conditions contractuelles des assureurs à vérifier pour les garanties du fonds euros.
Ce que garantit réellement le fonds euros
Le fonds euros est le compartiment "sécurisé" d'une assurance-vie. Sa caractéristique essentielle est l'effet cliquet : les intérêts crédités chaque année sont définitivement acquis. La garantie du capital dépend toutefois des frais et des conditions du contrat : certains contrats garantissent le capital brut, d'autres le capital net de frais de gestion.
Ce qu'il contient :
- En majorité des obligations d'État et d'entreprises (entre 70 et 85 % selon les contrats).
- Une partie en actifs immobiliers (SCPI, SCI) dans les contrats dits "eurocroissance" ou fonds euros "dynamiques".
- Une part résiduelle en actions.
Rendements récents :
Les rendements des fonds euros se sont améliorés avec la hausse des taux d'intérêt depuis 2022. En 2024, le rendement moyen des fonds euros s'est établi autour de 2,5 à 3 % nets de frais de gestion, avant prélèvements sociaux. Les meilleurs fonds euros "boostés" ont affiché entre 3 et 4 %. Les contrats les moins compétitifs restent en dessous de 2 %.
Ces rendements sont nets de frais de gestion mais les prélèvements sociaux (17,2 % sur les intérêts du fonds euros) sont prélevés chaque année, ce qui réduit l'effet de capitalisation.
Ce que sont réellement les unités de compte
Les UC sont des parts de supports financiers variés logés dans le contrat d'assurance-vie. L'assureur ne garantit pas leur valeur — vous supportez intégralement le risque de perte en capital.
Types de supports courants en UC :
- Fonds actions (internationaux, thématiques, sectoriels).
- ETF (trackers) répliquant des indices comme le CAC 40 ou le MSCI World.
- Fonds obligataires ou fonds diversifiés.
- SCPI et OPCI (immobilier coté et non coté).
- Fonds de private equity sur certains contrats haut de gamme.
Potentiel de performance :
Sur un horizon long, un ETF monde diversifié a historiquement délivré entre 7 et 10 % par an en moyenne. Mais cette performance cache des épisodes de baisse de 30 à 50 % (2002, 2008, 2020). Un investisseur qui a besoin de son argent dans 5 ans doit en tenir compte.
Sur les prélèvements sociaux : pour les UC, ils ne sont prélevés qu'au moment d'un rachat (non chaque année), ce qui favorise la capitalisation à long terme.
La comparaison en tableau
| Critère | Fonds euros | Unités de compte |
|---|---|---|
| Garantie du capital | Oui (net de frais) | Non |
| Rendement 2024 (moyen) | 2,5 à 3 % net de frais, avant prélèvements sociaux | Variable : de -30 % à +25 % selon support |
| Prélèvements sociaux | Chaque année (17,2 %) | Au rachat uniquement |
| Liquidité | Immédiate | Immédiate (valeur fluctuante) |
| Convient à | Horizon court/moyen, profil prudent | Horizon long (7 ans+), profil dynamique |
La règle des 80/20 et les fonds euros "boostés"
De nombreux assureurs ont introduit une condition commerciale : pour investir dans certains fonds euros performants, vous devez placer simultanément au moins 20 à 30 % de votre versement en UC. C'est ce qu'on appelle la règle des 80/20 (ou 70/30).
Cette pratique vise à réduire la collecte en fonds euros purs, jugés coûteux à gérer pour l'assureur en contexte de taux élevés. En pratique :
- Si vous refusez d'investir en UC, vous n'aurez accès qu'aux fonds euros standard, dont le rendement est souvent inférieur.
- Accepter une fraction d'UC (par exemple 20 %) pour accéder à un fonds euros à 3,5 % peut être rationnel si vous choisissez des UC à faible frais (ETF).
Gestion pilotée ou gestion libre : laquelle choisir ?
La gestion pilotée (aussi appelée gestion sous mandat) délègue à l'assureur ou à un gestionnaire le soin de répartir votre épargne entre fonds euros et UC en fonction de votre profil. Elle convient aux personnes qui ne souhaitent pas suivre leurs placements régulièrement.
Inconvénients : les frais de gestion supplémentaires (souvent 0,2 à 0,5 % par an) et la transparence parfois limitée sur les supports choisis.
La gestion libre vous laisse décider de la répartition et des supports. Elle convient si vous êtes à l'aise avec les marchés financiers et souhaitez arbitrer vous-même.
Comment répartir selon votre situation
Il n'existe pas de règle universelle, mais des repères utiles :
Selon l'horizon de placement :
- Moins de 5 ans avant le rachat probable : majorité en fonds euros (60-80 %).
- 5 à 10 ans : répartition équilibrée (50/50), ou légèrement en faveur des UC si vous supportez la volatilité.
- Plus de 10 ans : une proportion plus élevée d'UC (60-80 %) peut optimiser la performance à long terme, sous réserve de votre tolérance au risque.
Selon votre âge :
Une règle empirique consiste à allouer aux fonds euros un pourcentage égal à votre âge (60 ans → 60 % en fonds euros). Ce n'est qu'un repère, pas une prescription.
Selon la taille du contrat :
Pour les contrats importants (au-delà de 100 000 €), la diversification entre plusieurs contrats avec des politiques d'investissement différentes réduit le risque de concentration.
Les pièges à éviter
- Garder 100 % en fonds euros toute sa vie. Avec une inflation à 2-3 %, un rendement net de 2,5 % après prélèvements sociaux ne protège qu'à peine le pouvoir d'achat sur le long terme.
- Investir 100 % en UC sans filet. Si vous avez besoin de rachat dans les 3 ans, une baisse de marché peut vous contraindre à vendre au plus mauvais moment.
- Négliger les frais des UC. Un fonds actif à 2 % de frais annuels ronge significativement la performance sur 20 ans ; préférez les ETF à 0,2-0,5 %.
- Oublier l'arbitrage programmé. La plupart des contrats proposent des arbitrages automatiques vers plus de sécurité au fil du temps (sécurisation progressive). Activez cette option si vous approchez de l'utilisation prévue.
- Confondre fonds euros et livret réglementé. Le fonds euros n'est pas garanti par l'État mais par l'assureur, dans la limite des fonds de garantie (jusqu'à 70 000 € par assureur et par épargnant via le FGAP).
Quand ne pas choisir l'assurance-vie comme enveloppe principale
Si votre horizon est long (10 ans+) et que vous n'avez pas encore maximisé votre PEA, celui-ci est souvent plus avantageux fiscalement après 5 ans : exonération d'impôt sur le revenu sur les plus-values, uniquement les prélèvements sociaux (17,2 %). Notre comparatif PER vs assurance-vie vous aide à arbitrer selon votre situation fiscale.
FAQ : fonds euros et UC en 2026
Puis-je basculer de fonds euros vers des UC sans conséquence fiscale ?
Oui. Un arbitrage interne à l'intérieur du même contrat n'est pas un rachat et ne déclenche pas d'imposition. Seul le rachat (retrait de l'enveloppe) est fiscalisé.
Le fonds euros peut-il afficher un rendement négatif ?
En principe non lorsque l'effet cliquet et la garantie du capital sont prévus par le contrat. Mais la garantie peut être exprimée brute ou nette de frais de gestion selon les contrats. Vérifiez toujours les conditions générales avant de comparer deux fonds euros.
Y a-t-il un minimum à investir en UC pour ouvrir un contrat ?
Cela dépend du contrat. Certains contrats acceptent 100 % en fonds euros à l'ouverture ; d'autres imposent dès l'entrée un minimum en UC. Comparez les conditions générales avant de signer.

